26 décembre 04, Tsunami en Asie du Sud-est


Le lendemain de Noël, un terrible tremblement de terre dans le Sud-est asiatique à créer un immense raz de marée.
A l'heure où j'écris cela, plus de 150'000 personnes ont perdu la vie en Asie. Un tremblement de terre d'une force de 9 sur l'échelle de Richter au large de Sumatra à fait s'élever les eaux, créant une vague de 10m dans certains lieu. Les pays les plus touché sont, la Malaisie, l'Indonésie, la Thaïlande, le Sri Lanka et l'Inde. La vague toucha tout de même la Somalie y tuant plus d'une centaine de personnes.



 
Photos

Les photos sont prises par Melody le 27.12.04 proche de l'embarcadère. A l'exception des deux premières qui ont été prises le 26 du point de vue où beaucoup de gens et nous même, avons passé la nuit.
 




 

Un commentaire? Une questions, Un petit mot?
N'hésitez pas à nous dire quelques choses dans notre livre d'or sur le forum.

 

 

 

Melody et moi
Si vous avez un peu lu ce site, vous devez savoir que Melody et moi même étions en Thaïlande ce 26 décembre. Nous étions sur l'île de Koh PhiPhi au large de Phuket et Krabi. La vague nous est arrivé dessus, rasant presque complètement la partie habité de l'île. Nous y avons survécu par chance. Mais nombreux sont ceux qui n'ont pas eu cette chance. Nous avons vu des choses horribles.

Sous les conseils de plusieurs personnes, nous avons écrit comment nous avons vécu cette journée. Vous pouvez lire cela ci-dessous, ou téléchargé les fichiers Word pour le lire plus tard si vous le souhaitez.


 
Melody raconte

Dimanche 26 décembre 2004,

 

Du bruit me réveille, c’est les femmes de ménages qui attendent que je me lève pour venir nettoyer le bungalow. Je regarde ma montre, il est 10h30. Gael n’est plus là, il s’est levé plus tôt pour aller travailler. Alors je finis par me lever, de toute façon il fait trop chaud dans le bungalow pour continuer à dormir. Je me mets en maillot de bain et prépares mon sac pour la plage ; crème solaire, linge, natte de plage,manuel théorique de plongée,oui ok tout y est. Ah, une coupure d’électricité, oui bon c’est pas grave ça arrive fréquemment sur Phi Phi, et de toute façon je m’envais à la plage…

Je sors du bungalow, je vois pleins de gens qui courent dans la même direction en criant et pleurant. Je ne comprends pas ce qui se passe, mais j’entend un fort bruit d’eau, alors je crois comprendre qu’un des réservoirs d’eau qui se trouve près de chez nous s’en cassé ou quelque chose du genre. Je demande aussitôt à la première personne qui passe : « What’s the problem !? », tout ce qu’il arrive à me répondre en continuant  sa course c’est : « come ! come ! ». Alors je me mets moi aussi à courir, je ne sais pas ou on va mais je les suis. Avant d’emprunter le chemin qui mène en haut d’une colline, j’arrive enfin à savoir que beaucoup d’eau arrive depuis la mer. Entre temps pleins d’autre gens nous ont rejoins de toutes parts, parmis eux un jeune couple qui m’explique plus clairement ce qui est en train de ce passer. Ils étaient en train de prendre le petit déjeuner sur la plage, quand ils ont vu au loin une vague. Elle leurs semblait petite, mais à mesure qu’elle avançant elle prenait sérieusement de l’importance, alors ils ont fuit avec la masse des gens qui ont compris que cette vague leurs arrivait droit dessus.

On est arrivé en haut, et de là haut je vois ce qui se passe, je n’arrive pas à y croire, la vague tape de plein fouet sur les côtes, des deux côtés de l’île en détruisant tout sur son passage. Tout le monde qui est autours de moi est choqué et se demande qu’est-ce qui se passe, d’où viens cette vague ? Comment est-ce possible une telle puissance ?

Je m’inquiète pour Gael, je ne sais pas ou il est. Ce matin il devait aller plonger à la plage avec des débutants. J’essaie de me rassurer en me disant que s’il était sous l’eau, il devrait s’en tirer avec tout son équipement de plongée. Il ne faut pas que je panique.

En se retirant, la vague emporte des tas de choses avec elle ; des meubles, des matériaux, des valises, des toits… A côté de moi il y a ce couple, je me dis qu’eux au moins ils sont ensemble, moi je suis seule. Soudain on voit une deuxième vague arriver, aussi grande que la première. Elle, elle finis ce que l’autre à commencé, elle détruit tout ce qui avait réussi à se maintenir plus ou moins debout. C’est affolant, les gens autours de moi pleurent, et moi je ne vois toujours pas arriver Gael. J’explique à ce couple de suédois que je ne sais pas ou est mon copain, ils me réconfortent comme ils peuvent. J’essaie d’emprunter un portable pour  l’appeler, mais n’y a aucune tonalité. Au club non plus, personne ne répond, c’est mauvais signe, je craque…

On est là, on attend de savoir ce qu’on va faire, rien ne se passe, j’entends dire que ce serait la cause d’un tremblement de terre du côté de Phuket.

Voilà 1h30 que je suis là à attendre. Enfin, il est là, je le vois, il me cherche du regard, mon Dieu, merci, il est vivant ! Il saigne sur le torse, il me raconte comment il a fait pour arriver jusqu’à moi. Il me dit qu’en bas, il a vu beaucoup de morts….C’est horrible, je n’arrive pas à croire tout ce qui ce passe, j’ai peur. Un peu  plus tard on se décide à vite redescendre  chercher nos passeports au bungalow. En bas du chemin je vois une charrette, des corps sont étendus dedans, je me sens mal. Je dois passer à côtés d’eux, mais je me retiens de pleurer, on dois faire vite il y aura peut-être une autre vague. Arrivé au bungalow, je profite pour prendre tous les médicaments que j’ai qui pourrait être utile aux blessés, des couvertures aussi.

On remonte, sur le chemin on croise une jeune femme thaïlandaise en état de choc, elle est gravement blessée, ses deux petits enfants pleurent à côté d’elle. On les aide à monter. En haut, il y a encore plus de monde qu’avant, dans une cahute s’est organisée un hôpital et tout le monde rassemble ce qu’il a pour faire les premiers soins.

Il est 17 h, et les blessés ne cesse d’être remontés. J’ai faim, je n’ai rien mangé de la journée alors je bois de l’eau. La nuit va bientôt tomber, on comprend tous qu’il va falloir passer la nuit dans la forêt, alors tout le monde commence à s’organiser. On partage notre couverture avec Joanna et Johan, le couple de suédois. J’ai de plus en plus faim, j’ai vu des gens  redescendre à la recherche de nourriture  mais il n’y en a pas assez pour tout le monde. Je suis à bout de force, je scrute le sol et je réussis à trouver un paquet de petits pois séché que je partage avec Gael et les autres. J’essaie de trouver un téléphone portable. Une jeune femme me prête le siens, mais la communication ne passe pas, j’essaie des dizaines de fois…

La nuit est tombée et nous nous sommes installé pour dormir. Joanna et Johan ont eux aussi récupéré leurs affaires, et avec de la chance ils ont quatre sacs de couchage en satin, ça va nous protéger des insectes. On est tous très inquiet, mais on essaie de ne pas le montrer, alors on essaie de plaisanter un peu. L’ambiance est étrange, on est si nombreux sur ce sommet, que c’est presque « convivial », tout le monde s’entraide. On somnole un peu, puis on se réveille, on tend l’oreille à l’affût de toutes nouvelles informations. Je n’arrive pas à trouver le sommeil alors que je suis totalement épuisée. Joanna non plus ne dors pas, je le vois bien, elle est très inquiète. Le temps ne passe pas, c’est angoissant, j’ai l’impression que cette nuit est interminable, et j’ai toujours faim. Joanna m’encourage à trouver quelque chose à manger, alors elle m’accompagne demander aux gens si ils n’ont pas quelques chose à partager. Pour finir on trouve deux paquets de nouilles instantanées, j’ai tellement faim que je les mange diluée à l’eau minérale, c’est fou comme ça fait du bien. On se rendort, enfin…. Les gens s’agitent autours de nous, le soleil commence à se lever.

On se concerte pour savoir ce qu’on va faire, tout ce qu’on a entendu dire c’est qu’un bateau de l’armée allait venir ce matin pour évacuer l’île. Où et quand, ça c’est un mystère… On se décide à descendre. Joanna et Joan nous accompagne à notre bungalow récupérer nos valises. On croise les doigts pour qu’elles n’aie pas été volées, mais en même temps on s’en fiche, ce n’est que du matériel. Tout y est, on allège comme on peut. Maintenant on les accompagne à leurs bungalow, ils espèrent retrouver leurs passeports dans le safety box de l’hôtel. Sur le chemin qui mène à leurs hôtel (au bord de la plage), tout parait incroyable, des milliers de débris de tout genre jonchent le chemin. Ces chemins que j’ai empruntés tant de fois auparavant, ne ressemble pas à mes souvenirs. Je me sens comme perdue. Ils n’ont pas retrouvé leurs passeports, alors on se dirige vers le port.

C’est un parcours impossible, car le chemin est coupé, on doit passer par la plage. J’évite de regarder en détail autours de moi, j’ai peur de voir des choses que je ne veux pas voir, mais inévitablement mon regard se pose sur ces corps étendus…C’est une sensation horrible qui me traverse. Je suis terriblement triste. Ces gens je les ai peut-être déjà croisé une fois ou l’autre, cette île est si petite… Gael et moi, on va vite au club. Robert est là, il constate les dégâts, il est heureux de nous voir. On lui explique qu’on va  Bangkok quelques jours, mais qu’on aimerait bien revenir plus tard pour aider à reconstruire. On prend des  nouvelles des gens qu’on connaît, heureusement tout le monde va bien. On va récupérer notre équipement de plongée, et on s’en va. On rejoint Joanna et Joan sur le ponton. L’ambiance est folle, tout le monde veut rentrer chez eux, ils crient, poussent, c’est la cohue pour embarquer sur les bateaux. Il y a tellement de monde que le ponton se fissure. Il fait horriblement chaud, il n’y a pas d’ombre. On a perdu de vue nos amis suédois, sans doute ont-ils réussi à monter sur un bateau pour Krabi. Nous on arrive pas, nos valises sont des fardeaux on se fait passer par-dessus comme si on était des insectes. Un homme m’offre un œuf dur que je partage avec Gael. Derrière moi, il y a une famille européenne, ils sont à bout de nerfs, le père veut jeter mes valises à la mer. Je suis mal à l’aise d’avoir toutes mes affaires, mais il fallait quand même bien que je le prenne les ayant retrouvées non ? Les gens sont agressifs, c’est très dur à supporter, tout est dur pour tout le monde, pourquoi l’amplifier par l’agressivité, vraiment je n’arrive pas à comprendre…

On aimerait aller à Krabi, mais les bateaux ne s’organise pas, une fois le bateau pour Krabi va à droite du ponton, puis le suivant à gauche, alors on change sans cesse de côté et le temps qu’on atteigne le côté opposé, le bateau est déjà plein. Le temps passe terriblement lentement, on est à bout de force… Spontanément trois gars nous aide à porter nos valises, on fait connaissance. Ils nous racontent qu’ils ont tout perdu. L’un d’eux plaisante en disant que tout ce qui lui reste c’est la clé de son bungalow !.... C’est terrible, ils ont perdu deux de leurs amis. Quand c’est arrivé ils étaient tous sur la plage, depuis plus de nouvelles. Ils veulent aller à l’hôpital de Krabi voir si ils ont été évacué là-bas.

Enfin, quatre heures plus tard on réussit à monter sur un bateau. Nous nous éloignons de l’île, j’ai le cœur gros… Je sais que nous allons revenir pour les aider, mais la vue que j’ai du large est bouleversante…rien n’est plus comme avant. Je tombe de sommeil. Je me réveil, on est presque arrivé, je vois la côte. On approche, le ponton est rempli de monde, pour la plupart des médecins. Le bateau met du temps à accoster. Les photographes sont déjà prêts, ils n’attendent plus que de capturer les images « choc », cette idée me déchire.

On sort du bateau, aussitôt on est ausculté de la tête aux pieds. Gael va  soigner ses plaies, moi je l’attends. Jamais, non jamais je ne pourrais oublier ce que je vois. Un bateau de l’armée vient d’arriver, ils les déchargent…des corps, que des corps… Ils sont recouverts par des draps blancs, mais je le vois bien, il y a tellement d’enfants, des bébés…. C’est épouvantable. J’essaie de rester forte, mais je n’arrive pas, c’est trop dur. Gael me rejoint, puis les trois autres gars. Je craque, je pleure de tout mon cœur pour tout ces gens qui n’ont pas eut la chance que j’ai eue. Je me dis que c’est injuste, pourquoi sont-ils mort et moi pas ?  Une infirmière vient vers moi, et me demande si ça va. Elle essaie de nous réconforter, et nous explique les procédures qui s’offre à nous. Alors on s’éloigne. Il y a des gens des deux côtés du ponton, ils se couvrent le nez, car devant et derrière nous ils y a des cadavres qui sont évacués. C’est une sensation horrible, je sens la mort. Il y a une douce brise du large, elle est douce sur mon visage, elle m’apaise… Les gens nous regardent, nous photographient. Je suis dans un état second, je n’arrive plus à réfléchir.

Voilà, nos chemin se séparent, eux (les trois hommes qui nous ont aidé à porter nos valises), ils vont à l’hôpital, nous nous allons à l’aéroport. On les remercie infiniment. On se souhaite bonne chance… Je me dis que c’est dommage de rencontrer des gens bien comme eux uniquement à cause de cette catastrophe.

On monte dans le bus, on nous a expliqué qu’un accueil est prévu à l’aéroport pour les gens « comme nous ». On nous dit aussi que les billets d’avion pour Bangkok sont gratuits. Sur le trajet pour l’aéroport, on passe devant l’hôpital, ici aussi c’est la folie, les gens se pressent tous pour regarder ces immenses panneaux blancs recouverts de photos… Nous arrivons enfin à l’aéroport, nous nous renseignons, et pour nous il n’en n’est rien des billets gratuits pour Bangkok, car nous avons nos passeports ! Il va donc falloir retirer de l’argent pour payer nos billets… Ils nous distribuent de la nourriture. J’ai terriblement faim mais je n’arrive pas à manger, je me sens nauséeuse. On essaie de téléphoner, mais c’est impossible entre les combinés qui ne fonctionnent pas, et les autres qui demandent une carte téléphonique spéciale. Pour finir, on va demander aux autorités qui sont sur place si ils peuvent nous prêter un téléphone. J’atteins ma maman, elle est  soulagée de m’entendre, moi aussi. Pendant tout ce temps ou on a essayé de téléphoner, je m’imaginais bien que là-bas en Suisse ils devaient se faire énormément de soucis. J’appelle mon père aussi, qui m’explique qu ils ont remué ciel et terre pour essayer de savoir si nous étions toujours vivants…

Nous attendons l’avion. La salle d’embarquement est bondée de gens qui ont survécu au tsunami, certain sont vraiment dans un mauvais état. L’un me raconte qu’il était sur la plage lorsque la vague est arrivée. C’est une atmosphère étrange qu’il y a dans cet aéroport, on a tous l’air de morts-vivants. On est tous très fatigué et impatient que tout se termine. Certain ont leurs habits tous déchirés. Il y a deux télévisions dans la salle d’attente branchée sur CNN, on comprend enfin l’ampleur des dégâts. Je n’arrive toujours pas à croire que nous nous en sommes sortit de cet enfer tout les deux. Je n’ose même pas à imaginer cet que j’aurais vécu si j’avais perdu Gael… Tout traîne en longueur, l’avion a du retard, je commence à perdre patience, c’est trop dur à supporter cette ambiance. Enfin, on nous fait signe qu’il est temps d’embarquer. Il fait nuit.

Nous montons dans l’avion. Les hôtesses de l’air n’ont pas perdu leurs sourires figés. Je trouve ça presque choquant. J’ai l’impression de ne pas avoir vu un sourire depuis des années. Nous nous installons. Je ne vois pas le vol passer, je m’endors rapidement. On est arrivé à Bangkok, j’espère que les choses se dérouleront un peu plus vite. On nous amène dans un hall prévu pour les victimes. Toutes les ambassades sont représentée, des dizaines de gens font la queue aux guichets. D’autres sont au téléphone, ils pleurent, ils s’énervent, ils crient… C’est affolant ! Nous voulons sortir de là. On ne sais pas où sont nos valises. Je me renseigne, on m’indique une direction. Je vois un tas de valises parterre, tout le monde se jette dessus pour récupérer ses affaires. On a trouvé les nôtres. On s’embarque dans un bus pour aller à la sortie de l’aéroport. Gael s’est arrangé avec sa maman pour que son patron qui habite à Bangkok nous héberge. Le tout maintenant c’est d’y aller. Il nous faut un taxi. Je ne peux pas le croire, il y une file de gens d’au moins 20 mètre qui attendent un taxi. Il est minuit et demi. J’ai sans cesses des flashs back de ce que j’ai vu ces dernières 24 heures, je ne peux pas m’empêcher de pleurer…

On monte enfin dans ce fichu taxi, heureusement on est tombé sur un chauffeur sympa. Il nous demande d’où on vient, je lui dis de Phi Phi, aussitôt il change d’expression. Il n’arrête pas de nous répéter qu’on est vraiment chanceux. Je me dis : JE LE SAIS !!! C’est justement ce qui est dur à accepter. Il essaie de nous raconter ce qu’il a entendu aux nouvelles à ce sujet.

D’un côté je suis intéressée de savoir ce que le gouvernement thaïlandais va faire, d’un autre côté je ne veux plus rien entendre de cette tragédie pour aujourd’hui…

On est arrivé. Il nous dépose au pied d’une immense tour. Le patron, M.Cohen, a dit à Gael qu’il fallait l’appeler sur son portable dès qu’on arrive. Alors on va à la réception, on explique qu’on aimerait appeler cette personne. Elle nous compose le numéro, pas de réponse. On essaie à nouveau plusieurs fois, mais rien. Je deviens irritable. Je sais que je ne devrais pas, mais je tombe de fatigue, et la seule idée que j’ai en tête c’est dormir ! Gael décide de contacter sa mère pour voir si elle peut faire quelque chose. Un peu plus tard elle nous rappelle, il va descendre nous chercher. On devine que c’est lui, il nous accueille, on lui raconte en gros ce qui nous est arrivé. Pendant ce temps il nous emmène dans un appartement dans lequel on nous met à disposition une chambre. On le remercie. Il nous quitte.

Nous nous couchons la tête remplie d’images.

 

 

Le 9 janvier 2005

 

Voilà exactement deux semaines  que ça s’est passé. Je n’arrive toujours pas à chasser de mes pensée ce que j’ai vu et vécu. Les cauchemars hantent de plus en plus mon sommeil, à tel point que j’ai peur de m’endormir. Mais le plus pénible, c’est de vivre avec ce sentiment de culpabilité que je ressens depuis le début. 

 
                                                  

 
Gaël raconte

Dimanche 26 décembre.

 

Il était 9h10 quand le réveil se mit à sonner. Je me suis réveillé et me suis préparé pour aller au club de plongée, qui se trouve à dix mètres de la plage où j’avais rendez-vous pour 9h30. En passant devant le bungalow de Fabrice, mon instructeur, je vois que celui-ci était encore dedans à ses chaussures devant sa porte. Je me suis donc dit qu’il avait peut-être fait la fête et qu’il dormait encore. J’ai donc décidé de frapper à sa porte, car cela lui était déjà arrivé d’arriver en retard. À se moment il sorti. On a donc continué la route ensemble jusqu’à ce que Marta, une polonaise parlant français et qui travaille dans un centre de varappe nous rejoigne sur le chemin, j’avais prit mon bonnet de père Noël, elle m’avait demandé la veille de le lui prêter pour faire des photos sur une paroi. Un petit arrêt rapide pour un « thai pancake » pour le petit déjeuner et nous voila reparti.

Fabrice me dit que c’est la première fois qu’il n’a pas vraiment envie de voir ses clients, ils avaient annulé le cours de la veille, je crois qu’il avait un peu peur que le cours soit difficile avec eux. Chose vrai, car le mari après avoir faillit se noyer il y a dix ans avait réussi à de nouveau entrer dans l’eau que depuis deux ans, et la femme, elle, s’était presque noyée quelque jours auparavant ayant été oubliée sur un site de snorkeling. Mais ayant les deux maintenant peur de l’eau, le couple était motivé pour passer leur premier brevet de plongée.

Je me rappel que le couple était déjà au club lors de notre arrivé à 9h30. Fabrice me présente et leur explique que je suis le cours de divemaster et que donc j’allais l’assister pour ce cours. Présentation faite, nous sommes monté au premier qui sert à la fois de bar pour se décontracter après les plongées en visionnant la vidéo du jour et de lieu de cours avant que les plongeurs reviennent. Fabrice leur explique donc comment le cours va se passer et leur remet le premier questionnaire du cours open water. Une fois fini il a commencé à le corriger en expliquant bien leurs fautes.

Il avait presque fini lorsque l’on a commencé à entendre plein de cris. Je crois que l’on a bien mis une minute avant de se demander ce qui se passait réellement. La femme demanda à Fabrice si nous devions fuir. Nous avons prit ce que nous avions à ce moment avec nous et sommes descendu encore calmement, ne sachant toujours pas ce qui se passait. Les gens courraient et hurlaient. Des thaïlandais nous prirent même par les bras nous demandant de courir et fuir. Le couple avait déjà prit la fuite. Fabrice et moi avons couru quelques dizaines de mètres et nous sommes arrêté. Je me souviens de regarder vers la plage et de voir un « longtails » qui tournait à une drôle de hauteur. Fabrice m’a alors dit voir une grosse vague arriver vers nous en même temps que l’on entendait un bruit sourd. Il me demanda alors de courir me tirant par le bras. Je crois lui avoir dit que je pensais qu’il y avait du y avoir une secousse dans le coin. Nous avons couru jusqu’à la nouvelle partie du village de Tonsai, une partie encore en construction où les bâtiments sont d’une construction encore solide, mais surtout où il y a aussi un premier étage. Nous nous sommes faufilés dans une petite ruelle, pas plus large que moi et sommes monté dans un de ces bâtiments loin d’être fini. Une fois là-haut l’eau commençait déjà à monter. Il devait déjà y avoir un mètre. L’eau était boueuse. Les gens criaient et se faisaient emporter. Nous leur criâmes de nous rejoindre, certains nous entendirent et réussir à monter. Il y avait bien deux mètres l’eau. Je me retournait s’en arrêt et je ne voyais pas plus de monde arriver. Nous devions n’être que dix dans ce bâtiment. Une femme criait, ses deux enfants dans ce bras. En face de nous se trouvait un chantier, séparé de la rue par des tôles. Un homme et une femme s’accrochaient du côté des travaux au haut de ces tôles. Soudain un autre homme percuta l’opposé ce celle-ci. Le sang recouvrait son visage. Mais il se fit de nouveau emporter par l’eau. De la haut je pensais à Melody, j’espérais qu’elle n’était pas encore aller à la plage. Au bout de 5 minutes, je crois, l’eau a commencé à baisser. Fabrice me tend sa sacoche contenant son détenteur et me dit d’aller voir Melody pendant que lui allait essayer d’aider. La femme qui avait ses deux enfants essaya de nous retenir mais nous y sommes quand même allé. En bas du bâtiment, je me souviens avoir marché dans un trou, m’égratignant légèrement une jambe et perdant presque une tong, sur ce, pour pas les perdre, je me suis décidé de les garder à la main. La petite ruelle empruntée auparavant était bloquée par une tôle, mais Fabrice réussi à l’enlever, il m’a dit espérer que l’eau se dissipe rapidement, ce qu’elle avait l’air de faire. Nous avions encore de l’eau jusqu'à la taille. L’eau était très sale, brune et sentait le pétrole ou quelque chose de semblable. Il prit la direction du club quant à moi l’opposée. Je devais traverser tout le village pour retourner au bungalow voir si Melody allait bien. Je m’encoublais à chaque pas, ne voyant rien de ce qu’il y avait dans l’eau. Les gens criaient toujours, mais ils ne semblaient que légèrement blessé. Mais dés que je suis sorti de la zone de construction « solide » ce fut le choc. Tout était détruit. Ma peur que Melody soit blessé grandit, je voulais donc me dépêcher de la rejoindre, souhaitant de tout mon cœur qu’elle aille bien. Une Guesthouse était encore plus ou moins debout mais une fuite de gaz enflammée ravageait l’un de ses côtés. Des touristes en sortaient les mains protégeant leur tête des flammes. L’idée de savoir si Melody allait bien m’obsédait plus que tout, je ne me suis donc pas arrêté. Des fils électriques pendaient de partout, des poteaux arrachés bloquaient le chemin, les gens me rentraient dedans pour fuir à l’opposé d’où j’allais. Un endroit, une des images qui me reviens encore dans la tête, devant un bâtiment en bois encore entier, un homme se tenait debout, criant à l’aide. Sa voix m’a marqué car il s’est retourné dans ma direction, criant et pleurant. J’ai vu alors qu’il avait une énorme entaille sur son bras. Celle-ci était nette et vraiment pas belle à voir. Je ne me suis pas arrêté. En y repensant maintenant je me dit que j’aurais pu l’aider, lui faire une compresse, mais j’essais de me consoler me remémorant la scène et voyant que cette blessure ne saignait pas vraiment, j’essais de me dire que de toute manière cette blessure ne représentait pas un réel danger pour sa vie. Mais j’ai quand même l’impression de n’avoir pensé qu’à moi et à Melody. Plus loin la route était complètement bouchée, un amas de tôles bouchait la direction du bungalow sur plusieurs mètres de haut. J’ai du faire un petit détour et passer vers la plage. Mais pour cela il me fallait trouver un passage dans les décombres. Je n’arrêtais pas de me cogner dans des choses caché sous l’eau, je suis même tombé dans un trou me râpant le ventre, j’avais de la boue jusqu’au épaule. Une fois trouvé, j’ai essayé de contourner le gros tas de déchets, tôles, pierres, bois et autres, où peu avant se trouvaient des habitations de bois, de tôles, des boutiques et des restaurants. Mais cela ne ressemblait même plus à une décharge. Là, je tombais sur mon premier corps. Une personne était déjà passée par là. Une femme nue recouverte d’un drap gisait sur le sol. Une thaïlandaise qui devait probablement être dans sa petite maison de tôle quand la vague était arrivée. J’ai continué à avancer. Certaines maisons de tôles tenaient encore par un rien. Je suis alors tombé sur un nouveau corps, un homme recouvert de coupures et de contusions. J’ai essayé de prendre son pouls, voir s’il respirait encore mais je n’ai rien senti. Il portait un short et un tee-shirt complètement déchiré. J’ai ramassé le premier morceau de tissu qui se trouvait être un tee-shirt plein de boue, et j’ai recouvert son visage. Je ne savais pas vraiment où j’étais, je voyais juste la direction à prendre par rapport à la petite colline qui se situait au centre de la partie habitable de l’île, notre bungalow se trouvant à côté. Si j’avais continué à contourner les décombres, j’aurais continué à m’éloigner d’où je voulais aller, j’ai donc coupé dans les décombres de tôles et de bois à un endroit où ceux-ci étaient un peu moins entassé et formaient un mur moins haut. Un moment je suis monté sur un toit en tôle qui tenait encore. J’ai croisé un homme thaïlandais qui cherchait quelqu’un en pleurant. Celui-ci a voulu m’aider lors d’un moment ou j’avais glissé, je l’ai remercié et lui ai dit que ça allait. Il s’est alors éloigné. Je suis redescendu pour remonter sur un toit cette fois ci effondré. J’ai entendu des gens m’appeler. Ils se trouvaient dans ce qui restait d’un restaurant en forme de bateau construit sur une des pente de la colline. Ils m’indiquaient qu’un homme était couché pas loin de moi. J’y suis allé. Encore un thaïlandais. Il ne portait plus qu’un slip à moitié défait. Il était couché sur le dos, les bras près du corps. J’ai tout de suite essayé de prendre son pouls à sa carotide en essayant d’écouter s’il respirait. Mais je ne sentais rien, j’ai essayé à son poignet, mais rien. De l’eau coulait doucement de sa bouche. J’ai donc encore posé une oreille sur son torse pour écouter si son cœur battait mais toujours rien. J’ai alors prit les première chose qu’il y avait près de moi pour le recouvrir. Un sac de sport sur son corps et une sacoche pour son visage. Je me suis retourné vers les gens qui m’avaient indiqué où il était pour leur dire qu’il était mort. Je les ai entendu crier « non » et d’autre chose que je comprenais pas. Quelques mètres plus loin, j’ai de nouveau entendu en grand bruit sourd, j’ai regardé vers la plage et j’ai vu qu’une autre grosse vague venait sur nous. J’ai commencé à me dépêcher, et je ne sais pas par quel hasard, je me suis retrouvé devant une Guesthouse solide encore debout. Des gens criaient du balcon du premier étage. Je ne sais pas comment je ne l’avais pas vu. J’ai grimpé sur un petit toit à moitié écoulé et j’ai sauté pour attraper le balcon, je me suis hissé dedans. Il y avait une des filles qui travaillait au bar du centre. Une autre fille était en état de choc et pleurait sans arrêt. Quand je me suis retourné pour voir la vague, le petit toit qui m’avait aidé à grimper n’était plus. Je voyais l’eau qui continuait à faire tomber des maisons. Soudain notre bâtiment bougea, un côté a même commencé à s’effondrer. On s’est tous alors réfugiés de l’autre côté. J’ai attendu que l’eau recommence à baisser,  je la voyais remporté des bidons et même des grosses cuves à eau. Une fois l’eau assez retirée, j’ai sauté après avoir remis mes tongs, j’avais les pieds assez ouvert et tranché pour plus vouloir sentir la tôle dessous. J’ai coupé droit sur la colline qui se trouvait à 100m de la Guesthouse. J’ai essayé de me dépêcher, craignant une autre vague et étant paniqué à cause de Melody. Je voyais la petite usine qui se trouvait à côté de notre « hôtel » encore debout mais tout le reste était détruit. Les tôles avaient toutes été pliées comme du papier aluminium. J’avais envie de pleurer, mais je me suis retenu, croisant d’autres personnes pleurant et ne voulant pas leur montrer encore plus de tristesse. J’ai vraiment eu du mal à me retenir et certaines larmes ont su m’échapper. Arrivé au pied de la colline, je suis monté sur la passerelle qui relie des bungalows, d’ailleurs ceux-ci où Melody voulait placer sa maman pour Pâques, car ils étaient encore sympas, et pas loin de nous. Au bout de ceux-ci j’ai du grimper par-dessus des barbelés, sûrement pour couper les accès à ces bungalows. Et là j’ai vu que les notre étaient intactes. On voyait que l’eau était montée à presque 1,5m des premiers, que la zone qui séparait les grands bungalows au petit comme le notre était recouverte de tout déchets, mais ils étaient tous debout. Je trouvais Thibault, un autre plongeur du PhiPhi Scuba, celui qui faisait sa formation divemaster avec moi. Il était assis et me demandait ce qui s’était passé. Il pensait simplement que des réservoirs avaient lâché. Il avait l’air choqué. Je lui ai demandé s’il avait vu Melody, il me dit que non. Et que cela faisait que depuis hier soir qu’il se trouvait aussi dans cet hôtel car il y avait enfin une place qui s’était libéré. Je l’ai laissé pour aller quelques mètres plus loin pour voir si Melody était là. Mais le bungalow était fermé. La peur m’envahit. Pour moi elle devait déjà être à la plage quand cela arriva. Je ne pu non plus plus me retenir, j’étais en état de choc moi aussi. Je croisais plusieurs autres membres du centre qui essayaient d’aider des gens ou même de débarrasser un peu. Personne n’avait vu Melody. Mais ils m’indiquèrent la direction où d’autres membres s’étaient réfugié. Ceci vers un hôtel un peu plus en hauteur. Je commençais à sentir toutes mes coupures, contusions et petites blessures. Je suis donc aller voir. J’ai trouvé un groupe de personnes, dont une fille qui parlait français. Mais elle ne pu pas m’aider pour retrouver Melody. Je suis retourné vers Thibault. Lui disant que je pensais que Melody était à la plage mais que j’avais vu l’état de cette plage et que rien ne restait. Je lui dis que j’avais mal aux pieds et que j’avais envie de défoncer la porte du bungalow pour prendre mes chaussures de plage. Il me dit ne pas hésiter. Ce que j’ai fait, la porte lâcha avant la serrure. Et la je fut un peu rassuré, car les affaires de plage de Melody étaient présentes. L’eau était à peine entrée, 2 centimètres tout au plus. J’ai prit mes chaussures et je suis sorti. Deux des membres que j’avais auparavant vu, passèrent devant moi avec un chariot portant deux corps de femmes mortes. Je me suis proposé de les aider mais ils ont refusé mon aide, en me disant de d’abord retrouver ma copine. Ils m’ont ensuite envoyé vers un des points de vue de l’île, me disant que beaucoup de monde s’y était réfugié. Sur le chemin j’ai vu que des gens avaient regroupé déjà pas mal de corps. Un thai pleurait sur le corps de sa femme. Je suis monté au point de vue et arrivé en haut Melody s’y trouvait. Je ne puis retenir ma joie de la voir saine et sauve et je l’ai serré dans mes bras. Environ 1h30 s’était écoulé depuis le début de l’incident.

Melody me présenta un jeune couple de suédois qu’elle avait rencontré et qui l’avait soutenu en m’attendant. Le couple n’avait pas eu de chance. Ils étaient arrivé sur l’île peut-être une heure avant l’incident. Et malheureusement, ayant laissé leurs passeports à la réception, les avaient perdu.

Je voulais redescendre pour prévenir certaines personnes avec qui j’avais parlé que j’avais retrouvé Melody, et prendre certaines affaires au bungalow. Nous sommes donc redescendu, Melody et moi. Malheureusement, aucunes des personnes croisées auparavant n’étaient dans les parages. Nous avons juste prit le strict nécessaire dans nos affaires et sommes remonté. Au point de vue nous avons retrouvé une des fille du centre que j’avais croisé, Steffi, une Suisse allemande qui parle un peu français. Elle aidait un touriste Français qui était médecin et qui avait installé un petit « hôpital » dans une petite cabane. Nous sommes resté un peu devant celui-ci. Au bout d’un moment, la fille du couple que Melody avait rencontré venait prendre des nouvelles, nous l’avons donc suivit et nous sommes installé avec une des couvertures que nous avions ramenées à côté d’eux. Le couple était vraiment sympathique. Au bout de quelques heures, des personnes recrutaient du monde pour aller aider. Je suis parti avec eux. Pas un seul ne parlait français. En passant devant mon bungalow, et voyant que certains ramassaient des couvertures, je m’y suis arrêté pour prendre les notre. Chose que quelqu’un avait déjà fait, notre porte étant resté ouverte suite au fait que je l’avais forcé quelques heures plus tôt. J’ai donc profité pour regrouper nos affaire dans nos valises que j’ai posé sur le lit au cas ou si une autre vague devait arrivé, les deux dernières n’ayant fait rentré que peu d’eau, s’il devait y avoir une suivante elle pourrait être plus haute. Je suis ressorti après cela, le groupe de personnes avec qui j’étais n’était plus dans le coin. Je suis donc allé un peu plus loin au milieu de ce qui avait été des petites habitations en tôles en appelant pour essayer de trouver quelqu’un de bloqué. N’ayant pas trop la force de revoir les choses que j’avais vu, je ne suis pas retourné dans la partie « village » qui était détruit. Alors pour pas remonter les mains vides, j’ai commencé à fouiller les décombres pour trouver de la nourriture et à boire, il devait être 14h,  j’avais eu la chance de manger un tout petit truc vers les 9h30, mais Melody n’avait rien avalé depuis la veille. Malheureusement, tout étant détruit, je n’ai rien trouvé pour manger. J’ai recroisé une des filles que j’avais voulu aider et qui avait refusée mon aide avant de retrouver ma copine, la rassurant sur ce point, j’ai continué à rechercher quelque chose à ramener, je suis alors tombé sur une bouteille de sprite de 1,5 litre fermé. Je l’ai tout de suite ramassé. Plus loin j’ai trouvé un bidon d’eau de vingt ou trente litres aussi fermé. Avec mes deux trouvailles dans les bras je suis retourné au bungalow. Le bidon n’était vraiment pas facile à porter. Devant un des bungalows se trouvaient des draps et des coussins que j’ai ramassé et arrivé devant le mien, ne pouvant plus porté ce bidon, j’ai tout posé sur une chaise et j’ai porté la chaise. J’ai rencontré sur le chemin un français qui travaillait dans un autre centre de plongée. On a parlé un peu et il m’indiqua où il logeait pour si j’avais besoin d’aide. Je suis remonté au point de vue, j’ai déposé le bidon, les draps et les coussins au petit hôpital de campagne et je me suis tout de même gardé la bouteille de sprite. A un certain moment, nous avons été rassuré de voir des plongeurs arriver, ceux-ci étaient dans l’eau quand les vagues étaient arrivées. Selon eux, tous les plongeurs qui étaient soit dans l’eau, soit sur les bateaux étaient sains et saufs. Cela nous rassura car nous avions des amis qui plongeaient ce jour. Nous avons passé le reste de la journée à essayer d’atteindre notre famille en empreintant des téléphones à ceux qui en avaient car le notre ne recevait pas de réseau, ma carte SIM était restée dans ma sacoche qui se trouvait au centre et en plus n’avait plus de batteries. Mais sans succès. Un moment Melody avait réussi à envoyer un SMS, mais plus tard nous avons appris qu’il n’était pas arrivé. La soirée fut difficile, nous étions affamé, les moustiques sortaient de partout, de temps en temps nous entendions des gens crier, recherchant un parent ou un ami. Je me rappel, qu’un français, après une journée de recherche, avait eu l’information que son amie, ou sa femme était saine et sauve. Il nous a poussé de grands cris de joie. La nuit était vite tombée, heureusement nos deux nouveaux amis avaient 4 sacs de couchage en satin (tout fin) utile pour se protéger un peu des moustiques. Nous avons essayé de nous endormir, après avoir mangé un paquet de nouilles instantané que nous avions trempé dans un peu d’eau froide. La nuit fut très courte, car personne n’arrivait à dormir. Je me rappel que la nuit était claire, s’était la pleine lune je crois. Au matin, le soleil levé, nous sommes redescendu avec le couple à notre bungalow chercher nos valises. Nous avions entendu que les autorités allaient rapatrier tout le monde. Nos deux suédois ne voulant pas rester, nous avions décidé de les accompagner. Nous avions 4 valises, les deux de plongée et nos deux autres pour les affaires personnels. Heureusement que nous étions avec ce couple qui eux portaient des sacs au dos, car ils nous aidèrent à les tirer ou même les porter car dans certain endroit la route était complètement détruite. A une interception, nous les avons attendu car ils voulaient vérifier à leur hôtel pour voir s’ils pouvaient retrouver leurs passeports, mais ils sont revenus les mains vides. Nous avons continué à avancer direction l’embarcadère avec nos valises. Un moment la route n’étant vraiment plus, nous avons du passer par ce qui restait de plage. Nous avons demandé à nos amis s’ils pouvaient rester là et garder nos valises le temps que nous allions au centre pour voir s’il y avait du monde et pour récupérer notre matériel de plongée s’il était encore là. Le rez était complètement détruit. Robert, le patron du centre était là, il nous rassura on nous disant que tout ceux du PhiPhi Scuba étaient sains et saufs. Il nous a demandé ce que nous pensions faire, on lui a répondu que l’on ne savait pas très bien, mais ayant une adresse à Bangkok, que nous pensions y aller pour se reposer, poser nos affaires et revenir pour aider. D’autres plongeurs arrivaient. Nous sommes allé voir notre équipement, il était encore là, sale, plein de sable, pétrole, mélangé avec les autres au fond du local à matériel. Nous avons presque tout retrouvé, il me manquait à moi seulement mes bottillons et les poches de lests de mon gilet stabilisateur. Nous avons rassemblé le tout et laissé nos coordonnées. Nous sommes ensuite allé rejoindre notre couple d’ami qui nous attendait sur la plage. Sur la plage nous avons réorganisé nos valises pour y ranger notre équipement. J’ai du retourner au centre car j’avais oublié ma pochette qui contenait ma carte SIM orange. J’y ai croisé Andy un ami instructeur anglais et Fabrice qui allaient avec une civière, chercher des blessés. Andy était choqué, en larmes. Je leur ai dit au revoir et de prendre mes coordonnées que j’avais laissé. Sur la plage, Melody me dit que nos Suédois était allé à l’embarcadère et nous y attendaient. Les 500 mètres pour nous y rendre fut très difficile avec nos 4 valises et nos deux sacs à dos,  celle avec le matériel de plongée elle étaient toutes très lourdes (celui-ci n’étant pas sec). Nous devions à mainte reprise passer certain coin valise après valise. Il fallait escalader des déchets et ruines. Les 20 derniers mètres nous devions passer dans l’eau. Heureusement j’ai trouver une toute petite barque en plastique, je me rappel elle appartenait à Barracuda divers. J’y ai installé nos 4 valises et j’ai tiré la barque dans l’eau. Heureusement notre nouvel ami suédois nous a aidé à tout monter sur l’embarcadère.  Le soleil tapait. Les gens se poussaient pour prendre les bateaux. Au départ nous pensions attendre un peu qu’il y ait moins de personnes. Au bout d’un petit moment, c’est peut-être que le fait que nous avions chaud ou le fait que des gens commençaient à déposer des cadavres près de nous, nous avons décidé de rentrer dans la masse de gens pour prendre un bateau. Ayant entendu pendant la nuit que Phuket avait bien été touché et que l’aéroport été plus en état, nous avons décidé de prendre le bateau pour Krabi, comme la plupart des gens. Malheureusement dans la foule nous avons perdu notre couple d’ami, nous ne nous étions pas encore échangé nos coordonnées. Les gens étaient comme des fous. Le gros rassemblement de toutes ces personnes a fait qu’une partie de l’embarcadère a commencé à s’écouler. Pas très facile pour nous et nos valises. Arrivé au bout de celui-ci, une mauvaise organisation était présente. Un moment un bateau pour Krabi arrivait d’un côté du ponton, du coup les gens poussaient pour y monter, certain se servaient de leur enfant pour passer devant tout le monde, mais a force de pousser ceux-ci, ils se faisant écraser et se mettaient à pleurer. A chaque fois que nous arrivions près du bateau, il était déjà plein, et le suivant arrivait une demi heure plus tard de l’autre côté. Trois asiatiques, voyant que nous avions de la peine à nous déplacer nous ont aidé, l’un était chinois, un autre coréens et le dernier des Philippines je crois. Ils étaient ensemble pourtant, mais deux de leurs amis avaient disparus, après les avoir cherchés ils avaient décidés d’aller voir à l’hôpital de Krabi. Chacun des trois prenant chacun une valise avec lui car eux n’avaient plus rien, ni passeport ni valise ni argent. Au bout de quatre heures au soleil, nous avons tous les cinq enfin réussi à monter sur un bateau pour Krabi. Dans le bateau la fatigue tomba. Je crois que nous avons tous un peu dormi durant la traversé. Mais je ne sais pas si c’est le fait d’être enfin dans un environnement calme, assis plus ou moins confortablement et détendu, mais pendant cette traversé j’ai commencé à ressentir toutes mes contusions, coupures et blessures, surtout sous mon pied où j’avais particulièrement une belle coupure et sous l’autre où j’avais du me planter quelque chose. L’arrivée à Krabi ne fut pas facile. Tout ces gens qui nous attendaient, des médecins, infirmières, journalistes et autres. A peine descendu du bateau quelqu’un regardait si nous étions blessé. Voyant mes blessures et me voyant sans doute boiter, il m’envoya me faire désinfecter. L’odeur était horrible sur cet embarcadère. Une odeur de mort régnait. Des bateaux avaient déchargés énormément de corps, certain enroulé dans des draps ensanglanté. Des occidentaux, des thai… et des enfants. Une vision des plus horrible que je vois encore. Comme cet odeur qui a mis plus de 24h ensuite à disparaître de mon nez. Après avoir été désinfecté, on nous envoya au bout du port nous expliquant que des bus nous attendaient, soit pour aller  à l’aéroport, soit pour aller en ville. On nous expliquait que tout était gratuit, l’hôtel s’il fallait rester ici, l’avion pour aller à Bangkok, la nourriture, etc. Nous dîmes au revoir et bonne chance à nos amis asiatiques en espérant qu’ils retrouvent leurs deux amis sains et saufs. Nous avons donc prit le bus pour l’aéroport. Arrivé là-bas, on nous dit que vu que nous avions nos passeports, nous devions payer nos propres billets d’avion. Ne voulant pas nous énerver là-dessus, vu que nous avions heureusement cette somme sur nous, nous avons payé nos billets.

Pendant l’attente de l’avion, nous avons enfin réussi à joindre nos familles, environ 36h s’étaient écoulées depuis la catastrophe. Ma mère contacta son patron de Bangkok. Il pouvait nous héberger. Il fallait l’appeler une fois arrivé à l’aéroport. Dans la salle d’enregistrement, l’armée était présente, elle distribuait de la nourriture et des tongs pour ceux qui n’avaient pas de chaussures ou qui avaient leurs chaussures abîmées. Un homme m’a dit de choisir une paire, mes chaussures de plage étant dans un état lamentable. Après presque deux heures nous nous dirigeâmes pour prendre notre avion. A la porte d’embarquement il y avait beaucoup de blessés, en les voyant, nous nous sommes dit que nous avions vraiment beaucoup de chance de ne presque rien avoir. L’avion eu 1h de retard. Les premières personnes à entrer dans l’avion furent les blessés naturellement. Une fois dans l’avion, on nous à servi un petit encas, du poisson. Je n’ai mangé du coup que de petits biscuits, mais heureusement j’avais quand même mangé un peu avant la nourriture distribuée. Il me semble que l’on s’est très vite endormi. Le vol dura environ 1h10. Nous dormions lors de l’atterrissage qui nous réveilla en sursaut. L’arrivée dans l’aéroport de Bangkok ne fut pas joyeuse. Un car nous emmena dans un hall où nous attendaient tous les représentants d’ambassades. Un côté de ce hall était transformé en une sorte de mini hôpital pour soigner encore les blessés, car il y en avait partout. On a eu du mal à se faire comprendre que nous avions nos passeports et nos bagages. Des représentants nous demandaient de rester sur place. Mais nous nous voulions nous éloigner rapidement de ce lieu. Nous avons quand même réussi à récupérer nos bagages et à trouver un bus pour nous emmener à la sortie de l’aéroport où nous avons prit un taxi pour nous rendre dans les appartements où sont logé les employés de la société où bosse ma mère.

Robert Cohen, le patron, nous a accueilli, accompagné et fait visité l’appartement. On a peu discuté ce soir là, car il devait être 2h du matin du 28 décembre, nous avion très peu dormi depuis l’incident et étions crevé. Il nous a donc laissé, on a vite prit une douche, j’ai alors pu constater toutes mes petites blessures ; une dizaine de petites blessures sur les jambes, un genou bien râpé. Une belle entaille sous un pied accompagné d’autres petites coupures et le dessus un peu râpé. Sous l’autre j’avais du me planter quelque chose en plus d’avoir aussi quelques petites coupures et le gros orteil avait du être un peu écrasé à la hauteur de l’ongle. Du ventre au torse, sur presque trois centimètre de largeur, ma peau était aussi râpée. J’avais aussi une belle contusion elle aussi un peu râpée sur la hanche droite et une autre avec un gros bleu bien noir sur la fesse gauche. Et pour accompagner cela quelque coupures sur les doigts. Je ne sais même pas à quel moment et comment je me suis fais la plupart de ces petites blessures (A part la coupure sous le pied, rien n’était profond). Après ce petit inventaire, nous nous sommes rapidement couché. La fatigue a vite remporté sur la tristesse et le mal être que nous avions.

 

Ce texte n’est qu’un aperçut de ces deux tristes jours que j’ai, nous avons passé. En tout cas, comme je les ai vu. Il y manque sûrement plein d’éléments comme des blessés, des morts ou peut-être même des rencontres ou des personnes, de petits détails et certains évènements de faible importances. Je le peaufinerais donc, au fur et à mesure de mes souvenirs.

 

 

Aujourd’hui une association est en train d’être créée grâce à la mère de Melody et grâce à la mienne. Nous voulons rassembler divers dons pour aider les habitants de Koh PhiPhi ayant entendu que le gouvernement n’allait pas vraiment s’occuper d’eux. Nous savons que cela ne leur rendra pas leurs proches perdu, que cela ne remboursera pas leurs bien détruit, que cela sera moindre et nous savons que jamais nous arriverons à aider tout les survivants de ce raz de marée, mais nous espérons apporter un peu d’aide à quelques personnes qui n’ont plus grand chose surtout que nous, nous avons presque rien perdu.

J’ai, tout comme Melody et je pense beaucoup d’autres survivants, un sentiment de culpabilité. Pourquoi certain ont tout perdu, pour beaucoup même la vie, lorsque nous, on s’en est sorti avec presque rien ?

Cette catastrophe restera gravée en moi. J’aurais vu plus de mort, de blessés et de tristesse, que jamais j’aurais cru en voir dans toute ma vie. Je me sens mal de ne pas avoir aidé certaine personne que j’ai croisé lorsque j’allais à la recherche de Melody. Je revois encore sans arrêt certaine personne et scène dans ma tête. Je me sens constamment triste. Mais je me dis que maintenant il faut tourner cette page et commencer à aider à reconstruire.

 
                                                  



 


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